Ceci
est sans doute l’avant dernier article de cette aventure d’une année au pays du
long nuage blanc. Et à coup sûr le dernier rédigé sur place. Il s’en est passé
des choses au cours de ce dernier mois et demi. Les derniers instants à
Wellington, puis le retour à Auckland et à Warkworth avec entre temps un retour
à Ohakune à deux reprises. Je reviens juste sur les faits marquants.
Levé de lune sur la baie de Wellington.
Par où
commencer ? Ma vie sur Wellington se poursuit intensivement ; pour ce
qui est du travail au restaurant, les dernières semaines sont très disparates
en raison d’une fréquentation fluctuante. La fatigue s’accumule et le stress
occasionné par la vente de mon van et par la recherche d’emploi pour m’établir
durablement dans le pays n’arrange rien. Heureusement je trouve le moyen de me
ressourcer avec les sorties. Par exemple, j’obtiens 3 « day-off »
du 16 au 18 avril. Ils encadrent parfaitement mon anniversaire le
17 ; j’en profite pour quitter un temps Wellington, et ainsi retrouver la
campagne, enfin plus précisément la montagne. C’est donc accompagné d’Eva que
je retourne, près du volcan Ruapehu, dans la petite ville d’Ohakune. Si vous
vous souvenez la dernière fois j’y étais avec Emmeline, la française Pvtiste
durant le road-trip dans le plateau central. C’était d’ailleurs notre dernière
étape en commun.
Nous
prenons donc la route dès 6h00 le matin du 16 pour arriver autour de midi (mais
nous avons fais un stop de presque 2 heures à Palmerston North pour quelques
achats). Cela me fait tout drôle de revenir à Ohakune dans ce contexte.
Nous restons dans le petit chalet familial pour ce week-end improvisé en milieu
de semaine. La météo nous invite à rester au chaud, la vue dégagée sur les
montagnes sera pour une autre fois. Dans l’après-midi nous passons chez Shirley
(une amie d’Eva) et Wendy (la mère de Shirley). Nous discutons jusqu’à la nuit
tombée. Nous sommes ensuite conviés à rester pour le dîner. Le lendemain, c’est
le jour de mes 28 ans, j’ouvre mes cadeaux, lis mes cartes d’anniversaire et
j’emmène Eva pour un pique-nique non loin de Whakapapa village. Nous nous
rendons à Tawhai Falls. Encore une fois je ne fais que redécouvrir les lieux.
Mais Eva admire pour la première fois cette jolie cascade qui apparaît dans le
Seigneur des Anneaux (Henner Annûm). Après un pique-nique sous la pluie nous ne
nous attardons pas et rentrons à Ohakune.
En
soirée nous invitons en retour Shirley et Wendy pour le dîner. Je cuisine des
crêpes que nous garnissons au choix avec du bleu, de la feta, du saumon fumé et
des épinards béchamel. Le lendemain nous devons retourner sur Wellington. Nous
repartons en fin de matinée d’Ohakune. Nous prenons un autre
itinéraire pour rentrer ; nous passons par Wanganui (où j’ai postulé
pour du travail), je me fais ainsi une meilleure idée de l’endroit. Coupé par
une rivière, cette ville de 40 000Hts est un lieu vraiment paisible. Nous
pique-niquons dans Kowhai Park, au milieu d’une immense aire de jeu. Après le
repas, nous décidons de nous rallonger un peu pour nous rapprocher du Taranaki
et découvrir cette région de pâturages, réputée pour son industrie laitière.
Nous passons la petite localité côtière de Patea où nous faisons une pause le
long de la côte, puis nous continuons jusqu’à Hawera. Le ciel, plus dégagé,
nous permet juste de distinguer les premiers contreforts du Volcan Taranaki.
Nous décidons de faire demi-tour et de rentrer sur Wellington.
Ma chérie devant les Tawhai Falls.
Un phasme géant s’est glissé dans les fleurs offertes par
Shirley pour mon anniversaire.
Le « playground » de Kowhai Park : un
patchwork hétéroclite et coloré.
La jolie côte près de Patea.
Ensuite
de retour sur Wellington je décide de mettre fin à mon travail au restaurant en
déposant ma démission ; il me faut absolument me libérer du temps et de
l’énergie. Ainsi, le 24 avril je termine définitivement ce travail qui m’aura
permis de rester plus longtemps sur Wellington. Et le lendemain le 25 avril
c’est la journée de l’ANZAC (Australian and New Zealand Army Corps). C’est le
jour où l’on commémore les soldats néo-zélandais et Australiens tombés lors de
la première guerre mondiale durant la bataille de Gallipoli face à l’armée
ottomane. Avec Eva, nous utilisons ce jour férié pour décompresser en nous
rendant au jardin botanique pour un autre pique-nique. Le jardin revêt déjà ses
couleurs d’automne et les champignons poussent un peu partout (ce moi d’Avril correspond
à notre mois d’Octobre). Les jours se sont bien raccourcis ; le soleil se
couche plus tôt surtout avec le changement d’horaire. Et il commence à faire
aussi plus frais sur la capitale.
Le 27
avril, nous montons au sommet du Mont Victoria pour y découvrir la vue.
L’ascension de cette colline boisée de 196m ne prend qu’une dizaine de minutes
avec le van mais la pente est bien raide. J’ai gardé cette visite sous le coude
pour marquer la fin de mon séjour à Wellington, et je ne suis pas déçu du
panorama. En effet, nous y découvrons une superbe vue à 360° sur la ville et la
baie. : de l’aéroport de Miramar aux éoliennes de Makara. Nous restons
quelques minutes le temps de prendre des photos avec le couché du soleil. Fait
assez rare il n’y a pas un seul brin de vent au sommet. En redescendant Nous
apercevons l’arrivée d’un chemin forestier. Ce chemin passe par un lieu du
tournage du seigneur des anneaux (Cf. ci-dessous) mais il est tellement pentu
que sans chaussures adaptées et avec la nuit qui tombe nous nous abstenons de
l’emprunter. Plus bas, je me gare pour rattraper un bout du même chemin et
parcourir quelques mètres dans la forêt qui a servi de lieu de tournage.
Le
mardi 30 avril, je me rends à mon dernier Potluck chez Pierre un danois qui
habite une grande villa à Upper Hut. Deborah, Genny (une amie de Deborah) et
moi-même sommes conduit par Léonore, une française installée sur Wellington
depuis 5 ans. Nous arrivons de nuit dans l’immense propriété perdue au
milieu du bush néo-zélandais. Nous y retrouvons John, Peter, John et Desmond.
Pour ce dernier potluck ma participation fut de cuisiner une truffade (encore
une !). Je passe encore une fois un agréable moment avec le groupe de
francophile. Puis nous rentrons avant minuit car le lendemain j’ai beaucoup de
route qui m’attend : je dois faire la route pour Auckland pour effectuer
la vente de mon van !
Pique-nique
en amoureux au Botanic Garden.
Vue
sur la ville depuis le mont Victoria appelé Mt Vic par les Wellingtoniens.
La
forêt du Mt Victoria a servit de lieu de tournage pour la trilogie du Seigneur
des Anneaux, ce fut même le premier lieu de tournage extérieur avec la
poursuite des Hobbits par les Nazguls dans les bois de la Comté. Une carrière
non loin du sommet fut également le camp de Dunharrow.
Le
lendemain matin, mercredi 1er Mai, il est temps de quitter définitivement
Wellington. Je ne pars pas seul, Eva m’accompagne pour la moitié du trajet
jusqu’à Ohakune. Nous prenons la même route empruntée 2 semaines auparavant et
arrivons à Ohakune à 13h30. Cette étape à Ohakune me permet de faire la route
en deux temps et surtout de savourer les derniers instants avec Eva car nous
allons être séparés pour quelques semaines. Nous restons au chaud au chalet et
le lendemain midi, nous dégustons un très bon kebab au village, puis je
raccompagne Eva au chalet et prends la route seul et un peu triste. La route se
fait sous la brume, et les averses ; le temps est au spleen !
J’emprunte les routes : 4,3,31,39 et 1. Je traverse Taumarunui et Te Kuiti
puis passe à la hauteur d’Hamilton en fin de soirée avant d’arriver à Auckland
vers 20h00. Le vendredi matin je me réveille de bonne heure, j’ai passé la nuit
dans le van dans un quartier résidentiel du Mont Eden. J’ai ainsi l’avantage d’être
à seulement 5 minutes de l’auberge de jeunesse (Backpaker Penthlands) du couple
de français intéressé par mon van. J’ai un peu d’avance sur l’horaire, je
m’aventure donc dans le backpacker et j’y réserve deux nuits (23DNZ la nuit).
Je fais le tour des lieux, et dépose mes affaires dans une chambre que je
partage avec 3 autres personnes. Et c’est dans la cuisine commune que je fais
la connaissance de Laurence et Yoann, le couple de français qui a repéré mon
annonce du van depuis la France sur le site web des Pvtistes.
Nous
nous étions contactés à plusieurs reprises, avant de convenir d’un rendez-vous
sur Auckland pour voir le van. Nous dédions donc cette journée du vendredi à
l’inspection et à l’essai du van. Nous commençons ensemble par faire le tour du
van dans la rue devant le backpacker, je donne toutes les informations
possibles et je réponds aux questions. Puis je conduis le van près de l’Eden
Park. Je trouve un petit circuit urbain qui permet de faire l’essai du van sur
route tout en évitant le flot de la circulation d’Auckland. Je laisse Laurence
et Yoann conduire le van à tour de rôle. Nous tournons autour de l’Eden Park et
traversons les lotissements ; finalement il n’y avait pas meilleur endroit
pour s’essayer à la conduite en Nouvelle-Zélande. La prise en main faite, le
van les intéresse toujours. Nous nous rendons donc sur Dominion Road à la
recherche d’un garage pour effectuer un « full mechanical check »
(j’en avais fait faire un sur Wellington mais un second avis les met en confiance
et permet de mieux connaître l’état du van). Sur Auckland les garages où nous
passons sont débordés, hors de prix et cherchent à vendre en plus de
l’inspection générale un « «Warrant of Fitness » (contrôle
technique). Il y a beaucoup de garage nous gardons donc espoir et poursuivons
notre recherche. Par chance je reconnais le quartier et je retrouve le garage
où j’avais passé mon « full mechanical check » un an auparavant, nous
essayons à cette porte. Cette fois-ci le van peut être inspecté dans l’après-midi
et pour seulement 40DNZ (aux frais des futurs acheteurs).
Le
temps de la révision mécanique, nous allons au Burgerfuel local pour manger et
j’en profite pour raconter mes aventures en Nouvelle-Zélande, et donner des
conseils de voyage avec mon retour d’expérience. Nous retournons ensuite au
garage, pas de grosses surprises mécaniques, juste un peu de rouille qui faudra
peut-être reprendre. Nous nous mettons d’accord sur le prix de vente mais je
dois en revanche attendre que leurs comptes kiwis soient alimentés depuis la
France. Nous devons donc attendre le lundi pour finaliser la transaction. En
conséquence, je paye deux nuits supplémentaires au backpacker. Ce dernier est
dans le joli quartier du Mont Eden mais j’y reste un peu coincé à cause d’une
météo déplorable. En effet, tout le week-end, Auckland essuie une tempête digne
d’un petit typhon : vents à 115Kms/h et pluies diluviennes. Du coup ma
seule sortie consistera, entre deux averses, à me rendre au supermarché du coin
pour faire mes courses alimentaires. D’un autre côté je préfère garder mes
premiers souvenirs d’Auckland sous le soleil. La première fois où j’ai foulé
Rangitoto, monté au sommet de la Sky Tower ou trempé les pieds à Earn Bay. Mais
cette météo pourrie ne m’aide pas : j’ai un peu le moral dans les
chaussettes avec cette première séparation même temporaire avec Eva. Je reste
au chaud et utilise ce temps libre pour réserver mes tickets de bus, de nuits
d’hôtel et d’avions pour la suite de mon aventure.
Le
lundi 6 mai, je me rends avec Laurence et Yoann à la poste qui fait aussi
office de banque (Kiwibank). Nous avons la même banque, ce qui facilite le
transfert de comptes bancaires. Nous effectuons aussi le changement de propriétaire
du van et nous rentrons au backpacker. Je leur laisse les deux jeux de clés du
van, les voilà propriétaires ! Le lendemain nous nous séparons
définitivement, ils partent sur Te Puke pour travailler dans les exploitations
de kiwis. J’ai un petit pincement au cœur de voir partir le van qui m’a permis
d’explorer le pays de fond en comble. La vente du van tourne définitivement la
page road-trip, je dis adieu à ma liberté de mouvement. Ma
« Stargate » s’en va entre de nouvelles mains et j’espère
qu’ « elle » les emmènera sur les mêmes routes, à la découverte
de toutes les richesses que renferme ce pays préservé. Pour celles et ceux qui
se pose la question : je n’ai pas gagné d’argent sur la revente du van
(vendu à 5500DNZ) mais j’ai évité de trop en perdre. Autant l’achat est facile
en début d’hiver autant la revente à cette même saison est problématique (prix
à la baisse car plus d’offres et moins de demande). La vente sur Wellington fut
vraiment difficile car elle s’adresse surtout aux Kiwis (et ceux-ci ne sont pas
pressés d’acheter). Il y a deux raisons à cela ; l’aéroport de Wellington
n’est pas réellement international et la position médiane de la capitale fait
que bien souvent les touristes débutent leurs road-trips à Auckland ou à
Christchurch. Quoi qu’il en soit la vente du van m’aura demandé pas mal de
temps, d’efforts et de mobilité ; je suis soulagé d’avoir cela en moins à
gérer.
Moi-même posant devant le Chalet à Ohakune.
Auckland central sous le soleil le jour de mon
départ du Backpacker, si au moins j’avais pu avoir ce temps là le
week-end !
Je
quitte le backpacker dans la foulée, chargé comme un mulet (je crois que je
n’ai jamais été aussi chargé de ma vie), je porte pratiquement 30 kilos de
bagages. Le chemin pour attraper l’arrêt de bus Outlink me parait bien loin,
heureusement il fait un grand soleil. Le déplacement en transport en commun,
pour rallier le centre d’Auckland, prend 30 minutes. Je monte ensuite dans un
bus Intercity pour rejoindre Warkworth. Le retour à Warkworth me parait
vraiment étrange. Si je reviens à Warkworth, vous l’aurez peut être deviné,
c’est pour retourner dans mon premier wwoofing : The Caretaker farm tenue
par Audrey et Dorothy. Je suis heureux de revenir aider dans la ferme, et c’est
l’occasion de retrouver un lieu familier et de rester actif. Je suis aussi
impatient de revoir le four qui n’est toujours pas achevé. J’arrive le mardi
soir à la ferme, Audrey est ravie de me revoir après 9 mois (je retrouve aussi
Tamarah, Max et Thomas). Ensuite je rencontre les autres wwoofers. C’est
toujours le « melting pot » des nationalités : il y a Gordon (un
néozélandais et doyen des wwoofers avec 82 ans !), Julie et Florent (des
français), Nozomi, Ai et Kiyomi (des japonaises), Rebecca (une allemande).
Je
fais aussi connaissance de Fabrice, le français qui a lancé la construction du
four en argile en 2011. Je retrouve vite mes marques ici. Il y a quelques
petits changements ; deux fois moins de poulets, des fresques murales un
peu partout et surtout le toit du four en argile qui ne repose plus sur les
échafaudages. D’ailleurs je retourne tout les jours travailler autour du four.
Nous œuvrons dans un premier temps à refaire l’étanchéité des bâches du toit
et à réorganiser le chantier autour du four (excavation de l’argile,
préparation de murets, etc.). Le travail sur le four se fera après. Il y a
encore pas mal de travail à effectuer mais la base est là ! Les murs font
40cm mais pour supporter la pression du foyer nous devons les amener à une
épaisseur d’un mètre. En discutant avec Fabrice (qui était boulanger en France)
le projet est beaucoup plus clair dans ma tête. Il s’agit de construire un four communautaire (pain, pizzas, autres). À
l’intérieur il y aura 3 fours distincts répartis sur 3 étages (un four pour les
enfants, un autre pour les adultes et un pour les professionnels). En plus des
murs il faudra donc créer les étages, percer les portes et les évacuations de
vapeurs. Et surtout la pièce maîtresse sera de monter une cheminée en argile de
5 mètres
pour avoir assez de tirage. Au final le four aura l’allure d’un volcan, mais
reste encore bien une année de travail ! Voilà concernant le four en
argile.
Pour
les autres tâches à la ferme, il faut toujours promener les chiens, nourrir les
volailles et donner un coup de main pour le repas et la vaisselle. Durant cette
première semaine, le turn-over des wwoofers se poursuit avec le départ de Ai et
Nozomi, l’arrivée de Camisa (une américaine) et le retour pour un temps des
allemandes (Isabel et Thuy-An) qui cherchent à vendre leur van. Nous assistons
également un après-midi à un match de Rugby au petit hameau de Whangateau pour
célébrer l’anniversaire de la mort de Bob Marley. Durant les festivités les
maoris locaux cuisinent un Hangi. C’est un plat maori cuit dans le sol en
utilisant des pierres volcaniques et des braises. Je découvre mon premier
Hangi ! Dans l’assiette cela ressemble à notre pot-au-feu (jarets, choux,
pommes de terre, kumara, farce, carottes) mais sans le bouillon et avec
un goût de fumé. Nous restons jusqu’en fin de soirée dans le pub local, à jouer
au billard et aux cartes entre wwoofers et locaux. Bref, ce retour aux sources
me fait du bien (un mode de vie plus simple qui occupe le corps et l’esprit),
ainsi la boucle est bouclée ! Cette fois-ci je suis en position de départ
et les autres wwoofers pour la plupart en sont qu’à leurs commencements.
Suis-je
triste de partir ? Oui assurément je le suis mais pour davantage de
raisons que je n’aurais imaginées avant de venir dans le pays. Je n’ai pas
envie de partir même si je suis ravi d’un autre côté de retrouver ma famille et
mes amis, la gastronomie française, les lieux familiers, et un plus grand
confort de vie (je ne m’en cache pas j’ai eu des coups de blues). Pour la
suite, sauf grande surprise, je reste encore une semaine à la ferme. Puis le 23
Mai je repars sur Auckland près de l’aéroport, Eva m’y rejoindra et nous nous
envolerons le lendemain ensemble pour l’Australie et un cours séjour à
Melbourne mais ceci je vous le raconterais prochainement (une fois en
France !).
Les brumes matinales dans la vallée sur le chemin de la
ferme.